Ô surprise, le 3eme long-métrage de Philippe Lefebvre (17 et 18 ans après Le Transfuge et Le Juge – l’homme a donc toujours aimé les titres simples et descriptifs !) se déroule le temps d’…une nuit ! Simon Weiss est commandant à la Mondaine, le surnom de la brigade de police judiciaire qui s’occupe des stupéfiants et du proxénétisme*. Cette nuit-là, comme toutes les autres nuits où il est en service, il va faire le tour des établissements de nuit, faire des petits arrangements avec la morale et flirter avec la légalité pour garder la main sur ce petit monde très particulier des oiseaux noctambules, entre malfrats, prostituées et gros bonnets. Mais Weiss se sait aussi surveillé par les bœuf-carottes, la police des polices. Accompagné par une jeune flic (Sara Forestier, intéressante) chargée d’être son chauffeur, cette nuit-là va évidemment se révéler particulièrement agitée pour Weiss.
Le film policier français semble depuis un an ou deux retrouver une nouvelle vigueur avec des jeunes réalisateurs ayant pour référence les classiques des années ‘70. D’ailleurs, un polar noir et corsé qui se passe sur une nuit, en boites avec une affaire de ripoux et de drogue, ça ne vous rappelle rien ? Bingo : le récent et au titre très proche Nuit Blanche. Mais si le film de Frédéric Jardin était shooté à l’adrénaline avec action survoltée, Une nuit se veut beaucoup plus posé et réaliste, sorte de western crépusculaire (Simon Weiss représente le flic à l’ancienne arrivé en fin de cycle dans un monde de la nuit en mutation) mâtiné de road-movie urbain (on pense parfois à Michael Mann sans évidemment la même maitrise formelle).
On sent d’ailleurs toute la bonne volonté de Lefebvre dans ses choix de mise en scène (tournage en HD pour pouvoir « filmer sans éclairage et obtenir des contrastes saisissants », nuits réellement passées en patrouille avec des policiers de la Mondaine,…) pour donner une patine crédible à son film. Toutefois, son scénario tourne assez rapidement en rond et répète son procédé sans fin : on prend la voiture, on va dans un lieu, on pose des questions, on reprend la voiture, on se retrouve ailleurs, on reparle avec d’autres gens, on retourne en voiture, etc etc et ce pendant 1h35 jusqu’au lever du jour et un twist final certes surprenant mais surtout particulièrement roublard et, avec le recul, facile et pas forcément très utile.
Et, dans ce genre de film, on connait aussi l’importance du bad guy de service qui se dresse face à la figure du justicier. Et hélas, si Roschdy Zem est plutôt bon dans le rôle de Weiss (même s’il a tout de même tendance ces derniers temps à multiplier ce genre de rôle d’homme charismatique et silencieux très melvillien), on ne peut pas en dire autant de Samuel Le Bihan, comme souvent à côté de la plaque.
Une nuit est un polar français de bonne facture à défaut d’être particulièrement original, une virée nocturne dans un Paris peu connu et mal famé, loin des clichés touristiques de la Ville Lumière.
Emmanuel Pujol
*NDLR : Petit point Wiki : en réalité, depuis 1989, la Mondaine a été scindée en deux, en Brigade des stupéfiants et Brigade de répression du proxénétisme. Comme Simon semble à la fois mettre son nez dans des histoires de drogues et s’occuper du contrôle de ce qui ressemble fort à des bordels clandestins, on peut se demander si le réalisateur n’a pas oublié ce petit détail !
