
Après Arnaques, Crimes et Botaniques et Snatch, deux films marquants, plein de punch et de roublardise, Guy Ritchie s’était égaré et avait perdu beaucoup de son crédit avec A la Dérive, une comédie romantique qui porte bien son nom avec Madonna (son ex-femme !) et deux ersatz tarantinesques plus fatigants que distrayants. C’est donc avec un mélange d’inquiétude et d’impatience que l’on attendait de voir à quelle sauce le réalisateur anglais allait accommoder l’adaptation d’un classique de la littérature policière anglaise, le détective anglais le plus connu au monde, Sherlock Holmes.
Première constatation, on est loin du Sherlock Holmes so british, plutôt vieillissant et compassé avec chapeau et pipe incarné par Basil Rathbone ou Peter Cushing. Certes Holmes boit toujours du thé mais Guy Ritchie lui a donné un sacré coup de jeune tout en respectant assez fidèlement le matériel original: il en a fait un quarantenaire workaholic (quand il n’a pas d’affaires mystérieuses en cours, il déprime sec), bohème et bagarreur préférant l’amitié virile de son inséparable Watson – lui aussi modernisé, fini le médecin rondouillard et effacé, place à un ancien combattant spirituel – à l’amour des femmes. On peut évidemment y voir une allusion à l’homosexualité souvent supposée du héros d’Arthur Conan Doyle, crée - faut-il le rappeler- en 1887, en pleine époque victorienne.
Le film plonge le spectateur au cœur du Londres de la fin du XIXeme siècle avec une fastueuse et très réussie reconstitution. De la fameuse résidence du 221B Baker Street au sommet du Tower Bridge alors en pleine construction, l’intrigue va opposer le détective et son fidèle acolyte à Blackwood, membre d’une société secrète adepte de la magie noire. Mais contrairement au film de Christopher Nolan, The Prestige, se déroulant exactement à la même époque, aucun doute ne plane sur la rationalité des évènements : la science de la déduction et l’intelligence hors-pair de Holmes viendront bien sur à bout des plans machiavéliques du méchant de service. C’est d’ailleurs un des reproches que l’on peut adresser à ce blockbuster par ailleurs fun et efficace : une enquête pas réellement passionnante. Mais les scènes d’action (notamment l’une sur les quais de Londres complètement délirante) et surtout la complicité entre les deux personnages principaux – malgré un humour manquant parfois de finesse – font passer 2h d’aventures et de rebondissements plutôt très agréables pour un dépoussiérage en règle de la mythologie holmésienne.
L’interprétation jouissive et cabotine de Robert Downey Jr (c’est LE super héros de 2010 puisqu’il reviendra dans la suite d’IronMan dans quelques mois) et de Jude Law, la réalisation plus calme et moins clipesque que d’habitude de Guy Ritchie et la bande son inspiré de Hans Zimmer sont également à mettre au crédit du film. Par contre, les personnages féminins sont totalement escamotés : même si on a déjà vu potiches moins talentueuses, la pétillante Rachel McAdams et plus encore la charmante Kelly Reilly servent à peine de faire valoir à ces messieurs.
Au vu du dénouement du film, une suite est plus que certaine. Elle mettra en scène le Professeur Moriarty, némésis de Sherlock Holmes dont il se murmure déjà qu’il pourrait être interprété par Brad Pitt. La franchise serait-elle lancée ? Mais c’est presque … élémentaire, mon cher Ritchie !
Emmanuel Pujol

| Salut, Le film est bon, mais il faut être bien réveiller. A+ |