Bien sur, Police était déjà pris – par Maurice Pialat en 1985 - mais n’en déplaise à Bernard Pivot, Polisse porte parfaitement son titre puisque le film est une plongée quasi-documentaire (tous les faits relatés sont inspirés d’affaires réelles) au cœur de la Brigade de Protection des Mineurs, la BPM. 2 heures durant – et il faut bien avouer qu’on en redemande quand le générique de fin apparait, preuve de la réussite du film* - le spectateur est convié à vivre le quotidien éprouvant de flics faits de dépositions terrifiantes de pédophiles sans culpabilité, de descentes musclées pour arrêter un gang de pickpocket, d’interrogatoires d’enfants maltraités mais aussi d’échanges banals, presque triviaux, à la pause café-clope sur leurs problèmes personnels de couple ou de fric.
Pour son 3eme long-métrage en tant que réalisatrice, Maïwenn s’attaque à un pari un peu fou et très ambitieux après deux premiers films qui versaient souvent dans l’autofiction. Dans la droite lignée du L.627 de Bertrand Tavernier, avec la volonté de coller au plus près de la réalité (Maïwenn dit d’ailleurs s’être beaucoup inspiré des documentaires de Virgil Vernier qui a notamment réalisé Commissariat en 2010), la réalisatrice a soigné l’écriture du scénario et porté un soin poussé à rendre crédible ces flics, à rendre leurs états d’âme dans toute leur complexité. Imprimant le rythme juste à son film, elle ne galvaude pas la richesse de son sujet et parvient à interroger le spectateur sur différents sujets de société tout en l’émouvant et en le faisant rire en même temps.
Porté par des acteurs tous impressionnants de justesse (Karine Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm mais aussi des comédiens moins connus mais tout aussi enthousiasmants comme Frédéric Pierrot ou Emmanuelle Bercot, par ailleurs co-scénariste) et chez qui l’on sent un véritable esprit de troupe, une cohésion qui donne un supplément d’âme au film, Polisse est une succession de saynètes reliées entre elles par la vie privée des membres de la brigade. C'est dur, triste et drôle (quelques scènes déclenchent des fous-rires inattendus) à la fois, ce n'est surtout jamais misérabiliste. Seul (vrai!) bémol: le personnage de la photographe jouée par Maïwenn qui ne sert pas à grand chose - elle joue évidemment le rôle de témoin extérieur mais sa caméra de réalisatrice se suffisait à elle-même en tant qu'œil observateur - et qui agace plus qu'autre chose par son côté nombriliste légèrement voyeuriste. Un exemple ? Elle met en scène ses propres parents et sa sœur lors d'un déjeuner où elle présente son amoureux dans le film et aussi accessoirement compagnon à la ville, Joey Starr, très convaincant dans la peau d’un flic écorché vif. Mais faute avouée à moitié pardonnée, elle a reconnu elle-même que cela avait été une erreur de jouer dans son film – elle envisage d’ailleurs sérieusement de ne plus se consacrer qu’exclusivement à la réalisation.
Couronné par le prix du Jury, Polisse est une vraie bonbe, une sacrée clake !
Emmanuel Pujol
*NDLR : La première version du film durait plus de 3 heures, la réalisatrice disposant de … 150 heures de rush ! Pas besoin de préciser que la version DVD de Polisse pourrait être riche en scènes inédites.

| Tiens ben j'ignorai que Maiwenn est Joey Starr était ensemble Sinon d'accord avec cette critique c'est vraiment une très bonne surprise, un film qui fait froid dans le dos par rapport au sujet abordé, on est pris dans le rythme infernal de cette brigade méconnu, le film est prenant on ressent bien la tension, le casting est en plus excellent (Joey Starr et Karin Viard plus particulierement), bref un film à voir Mon avis : http://www.youtube.com/watch?v=HC7XGk0ugY8 |
| J'ai vu ce film hier soir. Il est très poignant et laisse un goût bizarre à la fin. Tout le monde est sorti dans un silence empreint de stupeur. Mais à voir absolument. |