
Si les films Pixar semblent inégalables dans le domaine de l’animation, ses principaux outsiders, Dreamworks en tête, ont du souci à se faire : la concurrence monte au créneau, et New Line de présenter cette Planète 51 (en référence à l’area 51, zone top secrète américaine que l’on soupçonne de traiter des mystères de l’Espace), copie conforme de notre bonne vieille Terre, habitée cependant par des extraterrestres, aux mœurs en tous points semblables aux nôtres. L’arrivée inopinée d’un spationaute humain va aviver au sein de leur communauté cette foutue peur de l’autre que l’on nomme de façon plus terrienne « racisme ». L’occasion pour le trio de réalisateurs espagnols (une curiosité, le film est surtout européen) de plaider pour la tolérance, et à travers les lignes, critiquer l’interventionnisme américain à travers le monde.
Mais rassurez-vous : Planète 51 est avant tout un film pour tout public, en premier duquel les enfants, même si ceux-ci ne seront certainement pas très réceptifs à certains gags imaginés pour le plaisir des adultes : Blanco, Abad et Martinez concoctent des séquences parodiques certes déjà vues (ET, 2001), mais suffisamment universelles et efficaces, et surtout cohérentes, pour ne pas faire bailler le spectateur. Bien au contraire. Car LA bonne idée du métrage aura été de plonger ces extra-terrestres dans l’univers des Fifties (façon Retour vers le futur), époque bénie du cinéma de monstres et d’invasions martiennes, agrémenté de paranoïa maccarthyste. D’un point de vue esthétique, la retranscription est formidable ; d’un point de vue idéologique, là aussi, le réalisme est de mise, quoique légèrement caricatural, fable oblige.
Immergé dans cet univers ludique peuplé de détails plus loufoques les uns que les autres (les chiens sont des Aliens, il pleut des cailloux,…), le spectateur est rapidement entraîné dans une double identification qui renforce le message de paix entre les peuples : à la fois victime de la chasse à l’homme (capitaine Chuck Baker) et personnage en évolution dont les a priori tomberont un à un (Lem). De là, la morale prend de l’ampleur et se dédouble : nous sommes tous amenés à être un alien – un étranger dans la langue de Shakespeare – pour les autres, et nous devons donc faire preuve d’ouverture. Peut-être un peu naïf formulée ainsi, elle n’en reste pas moins légère et en retrait, compte tenu du spectacle sans temps morts qui nous est offert par des personnages tous – ou presque –attachants.
On pourra toujours tiquer sur une animation parfois un peu grossière, limite cartoonesque, qui traduit l’espace qui sépare Planète 51 de Wall-E, pour rester dans le même ordre d’idée (d’un autre côté, les infographistes parviennent à reproduire, virtuellement, une impression de faux décors à l’arrière-plan ; tout simplement renversant). On pourra toujours râler sur une séquence finale émotionnellement vieille comme le monde, sur des parodies à la finesse entamée et, pour le coup, incohérentes (Singin’ in the rain par un ersatz de Wall-E). Mais, je le redis, l’ambiance 50’s combinée à l’hommage des films de genre de l’époque emportent l’adhésion définitive du public. Pas besoin d’être spécialiste pour aimer voyager sur cette Planète 51.
Coléoptère
