
Eric-Emmanuel Schmitt récidive : pour son 2eme film en tant que réalisateur, il adapte à nouveau une de ses œuvres. Après un Odette Toutlemonde confondant de mièvrerie, voici Oscar et la dame rose que l’auteur-réalisateur avait déjà mis en scène au théâtre avec Danielle Darrieux. Pour l’occasion, la dame rose rajeunit d’un coup de baguette magique – après tout, le film est une fable – et prend les traits de Michèle Laroque, très convaincante dans son rôle de quadra misogyne attendrie par le destin d’Oscar, jeune cancéreux de 10 ans séduit, lui, par le franc-parler et le caractère bien trempé de la dite dame rose.
Le film a le courage d’aborder de front l’un des sujets les plus casse-gueules qu’on puisse imaginer : la mort d’un enfant. Encore plus difficile que dans la littérature où les mots ne font que susciter l’imagination, mettre en image la douleur, la maladie et le deuil de façon assez pudique et acceptable pour un jeune public (le film est clairement destiné aux enfants à partir de 9 ans) relevait de la gageure quasi-impossible. Et pourtant, Eric-Emmanuel Schmitt a su relever le défi en proposant un conte bien souvent touchant et sensible. L’idée est de faire vivre à Oscar 10 ans de vie en une journée réelle afin qu’il puisse vivre toute une existence rêvée jusqu’à sa mort – non, je ne dévoile en rien l’intrigue, ce n’est pas un film américain à suspense avec guérison miraculeuse impossible.
Oscar et la dame rose plonge le spectateur au cœur de l’hiver, dans un hôpital pour enfants aux rares couleurs, douces et pastels. Chaque « journée-décennie » d’Oscar est ainsi colorisée différemment, habile astuce de mise en scène pour marquer aussi bien le temps qui passe et l’humeur du jour du malade. La musique – surtout des extraits de Casse-Noisette (après le Concert, Tchaikovsky est décidément en vogue dans le cinéma français en cette fin d’année) – accompagne parfaitement la lente agonie du petit garçon courageux – beaucoup plus que les adultes du film qui refusent l’idée de cette mort jugée absurde et injuste - et jamais résigné.
Malheureusement, tout n’est pas aussi ingénieux, intelligent et sensible dans le film. Eric-Emmanuel Schmitt fait une fois encore étalage d’une naïveté confondante et tombe malheureusement - dans plusieurs scènes - à la fois dans un prêchi-prêcha religieux lourdingue et dans un pathos totalement inutile qui viennent inutilement alourdir un propos déjà assez fort sans ces éléments d’une rare maladresse. Un conseil pour profiter pleinement de l’émotion du film : partez quand la dame rose s’effondre sur le pas de sa porte, vous vous souviendrez alors avec autant d’émotions qu’elle d’Oscar, de son courage immense, de son sourire espiègle et de ses yeux lumineux – Amir Ben Abdelmoumen est incroyablement juste dans ce rôle si difficile. Si vous restez aux funérailles d’Oscar, vous risquez juste de maudire Eric-Emmanuel Schmitt !
Emmanuel Pujol

| Je confirme, j'y allais à reculons et finalement a part quelques scènes un peu lourdes (voire même très surtout à la fin ce qui est bien bien dommage), c'est plutôt une bonne surprise ! Mention spcéciale à Michel Laroque, très crédible dans son rôle d'ourse bourrue et au petit Oscar, aux yeux à la fois si pétillants et si sérieux : très bon casting! |