
« Glander plus pour vivre plus », voilà la devise des barons, un négatif presque parfait et bien plus sympathique qu’un autre mantra qui semble avoir fait long feu… Et loin de toute noblesse, ces barons-là sont surtout des traine-savates (normal puisqu’ils sont persuadés que tout être humain nait avec un crédit de pas et quand celui-ci est atteint, on meurt !) bruxellois - de Molenbeek pour être précis. Et quel plaisir de voir ce Bruxelles-là filmée avec une telle tendresse manifeste !
Pour son premier film, Nabil Ben Yadir n’évite certes pas quelques maladresses – acteurs qui parlent trop souvent face caméra directement aux spectateurs, péripéties amoureuses répétitives, clichés parfois faciles… – mais ses Barons dégagent une telle sincérité qu’il est difficile de ne pas être conquis. Drôle et touchant, Hassan ne sait pas comment annoncer à son père que son rêve n’est pas de faire chauffeur de bus à la STIB (l’équivalent belge de la RATP) et de fonder une famille – nombreuse si possible – mais de faire rire les gens sur un scène de théâtre. Ecartelé entre son milieu, ses potes et ses aspirations, Hassan accumule les galères et les rendez-vous manqués aussi bien professionnels qu’amoureux.
Autour d’Hassan gravitent sa bande de potes, de Mounir, le spécialiste des arnaques à l’assurance auto à Aziz, sans ambition mais pas sans talent en passant par Franck qui se rêve baron lui aussi mais qui ne fait pas partie de la « communauté ». Car oui, le film parle aussi de la communauté maghrébine de Bruxelles mais sans les à-côtés (drogues, violence, délinquance,…) qu’on lui accole trop souvent à tort. Autour d’acteurs pour la plupart débutants – et tous inconnus du grand public – gravitent plusieurs seconds rôles confirmés d’Edouard Baer étonnamment sobre en directeur de cabaret à Jan Decleir (le tueur amnésique du polar la mémoire du tueur et grand acteur flamand) en épicier fatigué. Virginie Efira fait aussi un cameo complètement absurde et délirant.
De débrouilles – pourquoi ne pas acheter une BMW à 8 - en magouilles – comment faire annuler un mariage pour une broutille, les situations drôles et loufoques s’enchainent à vive allure jusqu’à ce que le film opère un tournant radical dans son dernier quart d’heure et dérive de la comédie à un étonnant drame réaliste. Le choix peut surprendre voire déstabiliser mais l’ensemble reste assez cohérent pour ne pas rompre l’équilibre du film qui aura donc su conserver assez de crédits de pas jusqu’à son générique de fin pour nous laisser entre rires et larmes dans un entre-deux qui ressemble étrangement à la vraie vie…
Emmanuel Pujol
NDLR : Au-delà du fait qu’un film se déroulant dans le Bruxelles que j’aime aura forcément toute ma sympathie, les Barons dispose à mes yeux d’un autre atout imparable. Lors d’une scène dans le cabaret, on voit à l’arrière plan, un requin géant en carton-pâte, accessoire jumeau de celui qui trônait il y a quelques années dans le salon de ma maison à Etterbeek… A part ça, rien !
