
Derrière ce titre étonnant pour ne pas dire vulgaire se cache une véritable pépite flamande, un film qui vous réchauffera le cœur en cette fin d’année glaciale. Et pourtant, à la lecture du pitch, rien ne prête à sourire : Gunther Strobbe raconte sous forme de flashback son adolescence dans un village paumé des Flandres dans une famille de 4 frères sans avenir, marginaux alcooliques et violents, chapeautés par leur mère d’une douceur et d’une patience surprenante dans ce monde de brutes « bornés » et butés…
Adapté du roman à succès (en Belgique !) de Dimitri Verhulst, le film de Félix Van Groeningen pourrait être une plongée déprimante et misérabiliste dans une Flandre sinistrée des années ’80. Au lieu de cela, le réalisateur choisit de nous faire aimer ces saoulards pour lesquels il cultive visiblement une véritable tendresse qu’il nous communique avec bonheur. Né au mauvais endroit, parmi ces ploucs sublimes, le jeune Strobbe est balloté entre l’amour qu’il porte à son père et à ses oncles et le désir qu’il a de se sortir de ce cercle infernal de beuveries sans lendemain et de chômage assuré.
D’une course de cyclistes nudistes (les Flamands adorent le Tour de France) à un concours de descente de bières, les scènes trash et potentiellement cultes s’enchainent et le film fait clairement penser à l’émission documentaire décalé et ethnologique Strip-Tease - certaines répliques et situations en semblent directement issues. Parfait contrepoint aux Cht’is, ce (télé ?) film toc sur le Nord, cette merditude est filmée caméra à l’épaule en décors et couleurs naturelles avec un grain d’image sale et un rythme saccadé et syncopé pour coller au plus près de ses personnages, loosers magnifiques.
Le miracle belge est de transformer ces pieds nickelés beaufs en personnages attachants, de faire d’une vulgarité crasse une forme de poésie champêtre. La grande force de Félix Van Groeningen (le Ken Loach du Groland ? le Bruegel moderne ?) c’ est de ne jamais juger ses anti-héros en faisant osciller avec justesse son film entre farce ubuesque et drame sordide et qui aboutit à une comédie sociale jouissive peuplée de personnages aussi désespérants que réjouissants.
Et malgré le fait que les héros se contentent de banales et fadasses Jupiler, le film lui exhale plutôt les arômes puissants et capiteux ainsi que l’amertume assumée des meilleures bières d’abbaye…belges évidemment ! Santé à cette merditude drôlement bien troussée…
Emmanuel Pujol

| Ce film me donne vraiment hâte d'en découvrir d'autres du même réalisateur. Je ne l'ai pas trouvé poétique mais très réaliste et vraiment bouleversant. |