
Une comédie romantique française ? Impossible, c’est LA spécialité des américains qui en sortent des dizaines par an, généralement toutes plus médiocres les unes que les autres ces dernières années. Les quelques tentatives hexagonales s’étaient d’ailleurs soldées par des échecs tant critiques que publiques (à part peut être Ma vie en l’air de Rémi « Premier jour du reste de ta vie » Bezançon). Alors quand Pascal Chaumeil, plutôt spécialiste de téléfilms, s’est attaqué à ce genre ultra-codifié pour son premier long métrage, autant dire qu’on n’espérait pas grand-chose malgré un casting sympathique. La surprise est donc d’autant plus agréable.
Non l’Arnacoeur n’est pas un chef d’œuvre, il regorge même de défauts et de clichés mais il a un je-ne-sais-quoi d’attachant et de sympathique. Mais commençons par les points négatifs : le lieu de l’action d’abord, Monaco, c’est certes très vendeur à l’international, très bling-bling mais Quatre Etoiles aussi bien que Hors de Prix s’y déroulaient déjà d’où une étrange impression de déjà-vu. Autre maladresse, alors que la caractérisation des personnages est suffisamment explicite, Chaumeil insiste lourdement avec une voix-off explicative bien inutile. La fin du film est elle totalement bâclée en plus d’être irréaliste pour quiconque connait un tant soit peu la géographie de la Côte d’Azur (non, il n’est pas possible de courir en moins d’une heure de l’aéroport de Nice aux confins de la grande corniche qui serpente de Nice à Monaco !). Ne sachant comment conclure leur histoire, le réalisateur et son scénariste ont donc malheureusement choisi la facilité.
Mais ces quelques réserves n’empêchent pas de passer un agréable moment en couple ou entre filles devant les (més)aventures de Romain Duris, un briseur de couples professionnel à la larme facile qui séduit des femmes malheureuses en amour, celles affublées de copains crétin, macho, paresseux voir violent (rayer les mentions inutiles). C’est d’ailleurs là la vraie originalité du film, le métier atypique d’Alex qui aurait sans doute un énorme succès dans notre société actuelle. Il est accompagné dans ses missions de sa sœur (Julie Ferrier) et de son beau-frère, l’idée de génie étant d’avoir confié à Francois Damiens le rôle de ce beauf gaffeur et maladroit : il est d’une drôlerie qui fait mouche à tous les coups (seul bémol, le réalisateur n’a visiblement pas su couper certaines scènes inutiles, certes très drôles mais qui cassent le rythme du film !). Atout charme du film, Vanessa Paradis est craquante de naturelle dans un rôle d’expert œnologue reconnue qui cache sous une apparente dureté une excentricité refoulée.
De la scène d’ouverture (digne d’un James Bond, Alex remplit une mission qui n’a rien à voir avec l’intrigue principale) à un hommage appuyé mais gentiment décalé à Dirty Dancing, les moments de bravoure s’enchainent sans temps mort avec les inévitables passages obligés correctement gérés (bien souvent grâce aux interventions décalées de François Damiens).
Peu importe la vraisemblance de la bluette, l’efficacité toute ricaine est de mise et ca marche plutôt bien ! Un arnacoeur au final plus inoffensif que cynique mais qui ne braque pas de complaisante bêtise son spectateur et qui renouvelle gentiment la comédie romantique à la française.
Emmanuel Pujol
