
Sortir un documentaire sur les sans-papiers africains en plein cœur de l’été sur 20 copies, voilà une contre-programmation fort courageuse et une initiative à encourager et à souligner.

Le fond est évidemment beaucoup plus intéressant. Le film interroge sur ce que c’est qu’être un sans-papier, sa condition sociale et psychologique, souligne que l’Europe – et la France en particulier – n’est pas l’eldorado auquel certains aspirants au voyage sont prêts à sacrifier toutes leurs économies pour une expédition dangereuse qui parfois ne mène qu’à la mort - les passeurs n’étant jamais que des marchands sans scrupules d’un rêve frelaté, comment nait ce malentendu entre des immigrés clandestins assez malheureux en France et ceux restés au pays qui reçoivent argent et bonnes nouvelles de leur expatriés (ces derniers étant trop fiers pour leur dire que la vie est plus dure que prévue…). Il montre aussi combien ces migrants ne sont plus chez eux nulle part, comme il est impossible – ou presque – de revenir en arrière. Mais le film n’est pas que misérabiliste : il présente aussi Ali, un ancien sans-papier jovial, confiant et optimiste qui vit et travaille en France depuis 20 ans. On sent toute l’absurdité d’une telle situation entre intégration réussie et pourtant présence illicite sur le territoire.

Christian Zerbib ne le cache pas : il prend fait et cause pour les sans-papiers et plaide – a priori – pour une régularisation massive. Certes, les quelques cas présentés dans le film donnent du poids à ses arguments. Certes, la question éminemment politique ne semble avoir toujours été traitée qu’en surface par un pouvoir plus inquiet par la répercussion médiatique du sujet que par les conditions de vie de ces migrants d’Afrique. Pourtant, résoudre ce problème nécessite plus qu’un simple coup de baguette magique, que la multiplication des cartes de séjour… Comme le dit bien Azouz Begag dans le film, il faudrait aussi commencer par aider vraiment les pays africains, si riches de ressources naturelles et humaines, à se structurer et à encourager leur développement pour que cessent l’envie et le besoin de l’exil forcé, parfois désespéré, vers cette… terre étrangère qu’est la France.
Emmanuel Pujol
