
En 8 longs métrages (dont l’inédit Bleeder et le passé complètement inaperçu Inside Job), le danois Nicolas Winding Refn s’est déjà bâti une filmographie à faire pâlir d’envie plus d’un réalisateur chevronné. Et il signe avec Drive une véritable bombe à filer la chair de poule et des frissons rares à tout véritable amoureux du cinéma. Car, après avoir rendu hommage à Scorsese (Pusher), Kubrick (Bronson) et Herzog (Le guerrier silencieux), voilà que le petit génie venu du nord, à qui certains ont parfois fait le reproche d'être un poseur malin au style affecté, s'attaque à une série B noire aux relents très Michael Mann – NWR cite aussi deux films cultes américains de la fin des années 60, Bullit et Le Point de Non-Retour, comme sources d’inspiration.
On n'ose à peine imaginer la bouse qu'aurait pu être Drive entre de mauvaises mains et avec, allez au pif, un Nicolas Cage en acteur principal*. Car, il faut bien le reconnaitre, ce n'est pas spécialement le scénario qui brille par son originalité ou son ambition – un mystérieux et solitaire as du volant gagne sa vie en tant que cascadeur le jour et met ses talents de conducteur au service de truands la nuit - mais bien la mise en image magistrale qu’en propose Refn – justement récompensé par le Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes -, cette façon si aérienne et élégante qui sublime la pellicule qu'il a de raconter cette histoire de violence exacerbée et d'amour idéalisé. Gérant parfaitement le rythme de son film dont la tension électrique ne retombe jamais, assurant des ruptures permanentes et surprenantes de ton, entre à-coups secs, accélérations soudaines et coups de frein aérant la narration, Nicolas Winding Refn ne verse jamais dans la démesure, prouvant à chaque plan, d’une beauté presque hypnotique et irréelle, une totale maitrise de son récit.
On aurait parfois aimé encore plus de démesure (on fantasme une scène de stock-car qui n'arrivera jamais), plus de rebondissements mais Drive est un joyau mortifère, crépusculaire et mélancolique, bercé par une bande-son démente signée Cliff Martinez - avec en bonus des chansons envoutantes comme Nightcall de Kavinski ou Oh My Love de Riz Ortolani - et porté par un Ryan Gosling très low-fi, secondé par de sacrés gueules burinés (Brian Cranston de Breaking Bad, Ron « Hellboy » Perlman et, dans un contre-emploi bluffant, l’acteur comique Albert Brooks) et une Carey Mulligan à l'innocence aussi craquante que son timide sourire.
Claque magistrale stylisée à l’extrême, Drive est de ces films rares qui vous procurent un plaisir immédiat tout en imprimant de façon durable votre rétine de cinéphile… Moteur, action, Drive !
Emmanuel Pujol
* : Au départ, Drive devait être réalisé par Neil Marshall avec Hugh Jackman. Ce dernier s’étant rapidement désisté, il a été remplacé par Ryan Gosling qui a conseillé à la production Nicolas Winding Refn quand Neil Marshall s’est à son tour retiré du projet. Ceci explique aussi pourquoi Drive est le premier film réalisé par NWR dont il n’a pas écrit le scénario.

| J'en attendait beaucoup et j'ai vraiment pas été déçu ! Ma critique : http://www.youtube.com/watch?v=mbm26gzXtJQ |
| belle critique qui rend compte de l'atmosphère hypnotique et mélancolique du film... Passez la 5eme et foncez voir Drive |