La vie d'une autre, la bande annonce

Back Soon, un trip un peu dépressif en Islande

 

Back Soon, un trip un peu dépressif en Islande

 
Publié le 12 août 2008 à 13:55 par eman02
dans la rubrique Vu pour vous

Back soon, le film
Solveig Anspach est une réalisatrice atypique, multiculturelle et originale. Rien d’étonnant quand, comme elle, on est née en Islande d’une mère islandaise et d’un père américain, qu’on a ensuite grandie en France et qu’on a suivie sa scolarité à Paris dans une école allemande.

Son dernier film, Back Soon, se présente comme le pendant islandais de Smiley Face sortie sur nos écrans au début de l’année. Mais là où le stoner movie de Gregg Araki n’était qu’une vaste bouffonnerie loufoque enchainant les scènes de pure comédie, le film de Solveig Anspach est teinté d’une nostalgie et d’une mélancolie toute islandaise (NDLR : évidemment, je parle en connaissance de cause revenant de deux semaines de vacances dans ce superbe pays nordique…)

L’argument du film est mince : Anna est lasse du climat de Reykjavik et veut quitter l’Islande avec ses deux fils. Pour cela, elle décide de vendre son commerce. Jusque là rien d’original sauf qu’Anna vend … du shit. Le repreneur de son business juteux et enfumé lui demande 48h de délai pour rassembler la somme demandée. Deux jours pendant lesquels Anna va vivre des aventures poético-loufoques et croiser sur sa route d’étranges personnages (un étudiant français qui fait une thèse sur ses poèmes qu’elle écrit défoncée, une jeune Irlandaise grenouille de bénitier, une oie gourmande, …). Pendant son absence, tous ses clients vont se retrouver chez elle à l’attendre pour pouvoir se ravitailler en substances illicites. Sa maison devient rapidement un joyeux souk où se croisent punk, éboueur, ténor et chirurgien, tous demandeurs de marijuana (analyse sociologique rapide et facile mais intéressante qui souligne à quel point le pétard a investi toutes les couches de la société et que la beuh n’est en aucun cas un produit consommé uniquement par des junkies ou des marginaux).

back soon, le film
Et sinon, c’est bien ? Oui et non. Le film, trop auteurisant par moment,  est composée d’une succession de petites scénètes qui raconte et le périple d’Anna et l’attente de ses clients. Si certaines sont d’une réjouissante absurdité (l’oie susmentionnée) ou d’une grande tendresse poétique (une guitare descend du ciel pour permettre à Anna de chanter), d’autres agacent par leur aspect poseur (notamment toutes celles avec l’étudiant français coincé interprété par Julien Cotterau et son air de chien battu). Le film est donc bancal, presque volontairement. Entre euphorie et déprime, tout en langueur enfumée, il provoque les mêmes effets secondaires que l’absorption des produits d’Anna. Il s’oublie d’ailleurs très vite après consommation.


Back soon, le film
Une autre vraie déception (et contrairement à ce que vous pourrez lire ailleurs), c’est la façon dont Solveig Anspach filme l’Islande. Ou plutôt dont elle ne la filme pas. De ses paysages majestueux et uniques, on ne voit rien ou presque. La lumière grise et triste ne fait que renforcer ce côté morne que veut justement fuir Anna. En cela, la réalisatrice respecte une certaine logique mais on ne peut que regretter qu’elle n’ait pas tout de même réussi à exploiter le matériel brut (plus riant, coloré et optimiste qu’on ne veut bien le croire) qu’elle avait à sa disposition.

Dernier point, et non des moindres, Didda Jonsdottir est formidable dans le rôle titre. Cette actrice non professionnelle au visage marqué et à la langue fleurie, poétesse et chanteuse de rock à ses heures perdues, gagne sa vie comme…éboueuse (une référence y est d’ailleurs faite dans le film). Elle est d’un naturel éblouissant, d’une vivacité rare, d’une crédibilité totale. Elle brûle littéralement l’écran. Sans elle, Back Soon n’aurait ni cette énergie ni ce petit supplément d’âme. En bref, elle sauve le film.   En ces temps de canicule, et malgré ses faiblesses, cette petite fable acidulée venu du froid peut s’avérer assez rafraichissante et originale et permet au moins de planer en toute innocence. Dernier conseil, et non des moindres, allez plutôt découvrir l’Islande et ses paysages par vous-même tant cette île regorge de beautés et de mystère. Une expérience bien plus trippante que ce petit film qui disparaitra de l’affiche aussi vite que se fument les (bons) joints d’Anna.

Emmanuel Pujol

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Les Commentaires des internautes
le 06 juin 2009
par pak à 01:25
Je suis assez d'accord avec toi sur le fond : ce film s'oublie vite. Mais par contre pas du tout du même avis sur l'actrice principale. Je remets en partie ici l'avis que j'ai écrit sur un site collègue que tu connais bien (je ne le mets pas en critique, puisque le méchant, mais gentil quand même, modérateur ne veut pas que je reproduise mes avis ici). Un film à l'image de ses paysages islandais volcaniques : désolé, désertique, ennuyeux... une histoire que l'on subit, avec une héroïne qui est antipathique d'entrée, avec son physique de junkie et son indifférence des gens et de son entourage. On ne sait pas vraiment où la réalisatrice veut en venir, faisant passer son film de la chronique familiale à la comédie surréaliste voire déjantée (une guitare qui apparaît comme par enchantement du haut de l'écran, une oie qui avale un portable qui n'arrête pas de sonner... ), où les moments de délires paraissent assez artificiels et arrachent rarement quelques sourires. Peut-être aurait-il fallu fumer un pétard avant la projection... ! Ah ben zut, je ne fume pas... Bref, plus que mitigé sur ce film, qui n'a pas vraiment de personnalité susceptible de marquer une année cinéphile.
le 06 juin 2009
par eman02 à 11:34
Finalement tu n'as du tout été séduit par le côté farfelu islandais... Ce film est vraiment à l'image du pays... Par contre je suis en total désaccord sur tes qualificatifs très dépréciatifs sur le paysage islandais: désolé, désertique, ennuyeux... Tu n'as jamais du aller en Islande car le paysage y est TOUT sauf ennuyeux... Majestueux, envoutant, étrange, superbe, OUI... ;-)
 
 
 
 
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