
José a 11 ans, c'est l'été, il fait les 400 coups (anecdote, le film doit beaucoup à François Truffaut qui a soutenu sa production) avec ses amis dans la rue Cases-Nègres, deux rangées de cases de bois dans lesquels vivent les coupeurs de cannes à sucre. Mais bientôt va commencer pour lui une année charnière, celle qui scellera son destin. Car s'il veut échapper à sa condition – ce que souhaite par dessus tout sa grand mère qui l'élève seul avec rigueur et amour – il faudra qu'il soit un brillant élève. Comme l’écrit au tableau noir le professeur des écoles dans une scène qui n'existait pas dans le livre original de l'écrivain Joseph Zobel , c'est par l'éducation et l’instruction que l'homme s'élève et se libère.
Et c'est peu dire que le film n'a rien perdu de sa force 27 ans après sa sortie en salles. A l'époque, Euzhan Palcy
était une jeune réalisatrice de 25 ans et elle s'attaquait avec ce
premier film à un pan de l'histoire rarement évoqué dans le cinéma
français. Récompensé par le César de la première oeuvre et par le Lion
d'Argent à Venise pour l'interprétation de Darling Legitimus, la Rue Cases-Nègres
est un témoignage vibrant, vivant et sans édulcoration de la réalité
antillaise dans les années 30. Alors que dans la métropole se préparait
l'une des dernières expositions coloniales, alors que l'esclavage avait
été officiellement aboli 80 ans plutôt, en Martinique, les choses ne
semblent pas avoir beaucoup changé. Les békés exploitent toujours les
noirs et les métisses issus de couple mixte (toujours un homme blanc
avec une femme noire) ne sont que trop rarement reconnus comme enfants
officiels. Et les révoltes de 2009 dans toutes les Antilles rappellent
que les choses n'ont pas forcément beaucoup évolué depuis lors.
Mais loin de s'appesantir sur ce contexte social pesant, la réalisatrice a l'intelligence de simplement l'inclure en filigrane dans son récit principal, celui de l'initiation et de l'éducation de José, espiègle et brillant, véritable petit homme au sourire désarmant. Il apprendra – et le spectateur avec – l'importance à la fois de conserver ses racines, de perpétuer les traditions, notamment la culture de transmission orale (avec l'extraordinaire personnage de Monsieur Madouze et ses contes philosophiques) avec une langue à la musicalité affirmée tout en s'affranchissant de sa condition sociale par l'éducation et le savoir. Autour de José gravitent de nombreux personnages secondaires qui tous à leur façon contribueront à façonner la personnalité et la curiosité de ce petit garçon au sourire solaire. Le film évite aussi avec beaucoup d’habileté le piège des poncifs caricaturaux, ne s’apitoyant jamais sur le sort de ses personnages et restant humblement focalisé sur son récit principal. Jamais la réalisatrice n’oublie non plus que l’histoire, simple mais pas simpliste, est vue à hauteur d’enfant, à travers les yeux de José, témoin d’un monde qui évolue bien doucement.
Le film mêle avec un savoir faire rare le rire et l'émotion sans jamais forcer le trait. Cette fable à regarder en famille - tant elle s'adresse vraiment à tous les âges - est un concentré d'espoir, une bouffée d'oxygène ensoleillée. Avec dignité, tendresse et talent, Euzhan Palcy livre une adaptation fidèle du roman de Joseph Zobel et rend un bel hommage à la culture créole.
Emmanuel Pujol
Merci à Cinétrafic et à sa sympathique opération « Dvd Trafic » pour nous avoir permis de tester le DVD.
Caractéristiques du DVD Collector de Rue Cases-Nègres aux éditions Carlotta, sorti le 20 octobre 2010:
Suppléments (NDLR : il faut noter que suppléments sont vraiment de qualité, aussi bien intéressants qu’instructifs) :

| Et si vous voulez plus de films autour de la question du racisme en France, vous pouvez la liste mise en place sur Cinetrafic: http://www.cinetrafic.fr/liste-film/2869/1/autour-du-racisme-en-france |