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Rencontre avec Pauline Lefèvre, solaire dans Voir la Mer

 

Rencontre avec Pauline Lefèvre, solaire dans Voir la Mer

 
Publié le 04 mai 2011 à 10:21 par eman02
dans la rubrique Interviews

Dans Voir la mer, Patrice Leconte amène Pauline à la plage! La jolie trentenaire (elle vient de les fêter) joue aux côtés de Clément Sibony et Nicolas Giraud le premier rôle féminin dans un road-movie libertaire, ensoleillé et insouciant, un film de jeune homme pour le réalisateur pourtant fort expérimenté. Rencontre avec une comédienne bien dans sa tête et ses baskets...

Pauline LefèvreNiché au fond d'une cour dans une petite rue du 6eme arrondissement, l'Hôtel de l'Abbaye dispose d'un bar discret avec une jolie terrasse. C'est là que je retrouve en une fin d'après-midi estivale Pauline Lefèvre. Elle me sert la main en me mettant tout de suite à l'aise: « On se fait la bise à la fin si l'interview se passe bien... Ah et puis on se tutoie hein! ». Elle s'assoit, se relève aussitôt pour débarrasser le plateau de verres sur la petite table en disant « Ah non c'est pas cool si tu arrives et que tu as les verres des autres journalistes » avec son grand sourire franc et son regard bleu azur. Le serveur discret la regarde un peu étonné, c'est rare qu'un client d'un hôtel 4 étoiles fasse le service lui même... Mais non, Pauline, elle s'en fiche, elle respire la simplicité et l’humilité. Elle aurait pourtant toutes les raisons de sa la péter (et, pour avoir arpenté quelques couloirs de chaines de télé dans une vie antérieure, j'en ai connu d'autres qui se la racontait pour bien moins que ça): Miss météo sur Canal + au Grand Journal (elle s'étonne que je m'étonne – avec ironie, quand même, faut pas pousser - qu'une Miss Météo prenne le métro: « Tu crois qu'on a une voiture avec chauffeur qui vient nous chercher? Tu rêves » en partant d'un grand éclat de rire), premier rôle dans un Patrice Leconte...

En regardant son parcours (diplômée d'une école d'attaché de presse, elle commence dans le marketing chez Marionnaud avant de devenir animatrice sur Direct 8 – c’est là que je lui dis que je me souvenais l'avoir reconnu sur une vidéo d'Oldelaf et Monsieur D qui interprétait « Nathalie mon amour des JMJ » sur le plateau de Direct 8. Et là, elle me confie qu'elle adore ce groupe, qu'elle avait vu récemment Oldelaf sur scène sans monsieur D mais avec 5 ou 6 autres personnes et que c'était juste top... Elle m'a notamment conseillé la chanson « Le crépi ». Forcément, ca détend de suite l'ambiance), on a l'impression qu'une bonne fée s'est penchée sur son berceau à la naissance! Elle me coupe: « Pas une, tu veux dire, mais plusieurs. C'est fou... Ou alors c'est un ange gardien, je ne sais pas trop mais c'est vrai qu'il m'est arrivé tellement de choses, j'ai parfois du mal à y croire et je me dis que ca va bien s'arrêter un jour, cette chance, c'est pas possible... » Et quand le téléphone sonne et qu'à l'autre bout du fil quelqu'un dit: « Oui bonjour, c'est Patrice Leconte, j'aimerais vous rencontrer », on y croit ou on pense que c'est un canular? « Il ne m'a pas appelé directement, il a appelé le théâtre où je jouais (NDLR: au Point Virgule, Les fils de...) et j'ai mis du temps à y croire effectivement... Après, on est allé prendre un café tous les deux, le café était bon, le courant est passé, on a surtout fait connaissance, il ne m'a presque pas parlé du film. Finalement, deux mois après, il m'envoie le scénario, on se revoit, il me fait parler du personnage et il m'annonce que je suis retenu pour le rôle... J'étais juste surprise et heureuse, c'était complètement irréel surtout qu'il avait vu plusieurs autres actrices. »

Apparemment rien ne semble monter à la tête de Pauline, tête dans les nuages mais pieds sur terre, qui se dit bourré de complexes – à la voir, comme ça, on a vraiment du mal à la croire mais bon. Et encore il paraît qu'elle s'en est encore découvert plusieurs à ajouter à une liste apparemment déjà longue en se découvrant à l'écran - ils ont regardé le film, Patrice, ses acteurs et la monteuse deux mois après la fin du tournage, elle a eu l'impression de retrouver des potes et de regarder un film de vacances. Le pire, c'est qu'elle vous dit ca avec un tel naturel qu'on ne pense pas une seconde à une coquetterie de sa part! Elle s'inquiète aussi, elle pense que les gens vont tout savoir d'elle, de Pauline en voyant le film. Je la rassure: les spectateurs vont juste voir le personnage de Prudence, ils ne sauront pas ce qu'elle y a mis de personnel et d'intime – étonnant d'ailleurs comme elle dit que finalement un tournage même assez court (quelques semaines tout au plus) pour un film qui sera vu par au mieux quelques centaines de milliers de spectateurs est beaucoup plus intense et personnel qu'une vignette quotidienne et en direct à la télé vue par près d'un million de téléspectateurs quotidiens parce que finalement « la télé, c'est un bel écrin mais ce n'est pas la vie, j'étais super bien maquillée, super bien éclairée, super bien habillée avec un public réactif bien aidé par un chauffeur de salle. Le cinéma, c'est beaucoup plus intense, voyeur, on ne peut pas se cacher. Par contre, ce qui est sur, c'est que l'école du direct a été assez formidable, je ne pouvais pas me poser de questions, il fallait que j'y aille, tous les jours même si j'avais le trac ou peur de me planter ».

Pauline Lefèvre, Voir la MerD'ailleurs, contrairement aux deux acteurs principaux qui portent leurs vrais prénoms, elle était contente de se cacher derrière ce prénom de Prudence, de jouer un rôle, c'est aussi ca qui l'amuse au cinéma, le déguisement, le jeu. Quand je lui demande si elle se rend compte qu'elle est une vraie héroïne de Patrice Leconte, elle marque un temps d'arrêt. Et elle se souvient d'un de ses films qu'elle adore, La fille sur le pont (à tel point qu'elle l'a regardé deux fois de suite quand il a été multi-rediffusé sur Direct 8, elle garde d'ailleurs d'excellents souvenirs de son expérience sur cette chaine quand elle en était encore à ses débuts, sans gros moyens, en direct avec plein de problèmes techniques) et effectivement comme dans Voir la Mer, la fille ne sort de nulle part et elle va être à l'origine de toutes les péripéties. Et pour le rôle, elle a aussi du se résoudre à couper sa longue chevelure blonde. Sans regrets apparemment: « Patrice Leconte a révélé la fille aux cheveux courts en moi... Demain je vais aller me les faire couper encore plus courts d'ailleurs » (elle les a déjà très courts aujourd'hui!).

Elle a plein d'anecdotes sur le film aussi:

  • Le camping car Pilote du film est un personnage à part entière? « On a du le vendre à la fin du tournage, on était tous très tristes, il était juste génial ».
     
  • Le vernis à ongles que Prudence se met consciencieusement et dont j'avais trouvé une info sur son profil Facebook? « Mais dis donc tu l'as bossé ton interview toi » (je rougis ou pas?) « En fait c'est une copine à moi qui l'a trouvé dans un boui boui à Belleville... J'étais obligé de m'en remettre tous les jours tellement il était de mauvais qualité. Je ne l'ai plus remis depuis le film, je devrais tiens! Et je ne sais pas si tu as vu mais il est phosphorescent, c'était fou! Si tu revois le film, dans la scène où ils se racontent leur vie autour du feu, quand Clément va fumer une clope, on voit qu'il brille dans le noir... Il y a d'ailleurs eu un débat autour de son utilisation: les filles aimaient bien, les garçons moins. »

Et la complicité entre eux? Quand je lui demande s'ils sont vraiment partis ensemble quelques jours pendant l'hiver avant le tournage comme j'avais pu le lire, elle se marre: « Non on n'a pas fait un road trip, on est juste partis une journée pour des repérages et pour faire connaissance, c'était un peu irréel pour moi, je me retrouve un matin devant chez Patrice Leconte, je ne connaissais pas les deux mecs qui eux avaient déjà une certaine complicité mais ça a tout de suite collé ». D'ailleurs, c'est là qu'ils se sont rendu compte que Pauline était plus grande que les deux autres « Alors Patrice m'a demandé de ne pas porter de talons mais même sans talons je suis plus grande qu'eux » Ca la fait rire, encore. Elle rit beaucoup Pauline, elle est joyeuse, manifestement contente d'être là, de parler du film!

Et pour les scènes plus intimes du film? « C'est sur qu'être en confiance avec eux, ça a beaucoup aidé, ils dédramatisaient tout, ils faisaient des vannes. Parce que bon ce n'est pas naturel de se déshabiller devant des hommes avec qui tu ne partages pas ta vie. » Je lui fais remarquer que c'est quand même le passage obligé de toute jeune actrice aujourd'hui. Elle acquiesce « Pas faux mais au final, dans le film, j'avais vraiment l'impression que ca servait l'intrigue, c'était logique, ce n'est pas gratuit donc ca ne m'a pas tant dérangé que cela » Exact! D'ailleurs, quand elle lit le scénario, elle y voit une histoire d'amour, elle était contente parce que bon quand même c'est une fille, elle est un peu sentimentale, elle aime bien les comédies romantiques. Mais elle s'inquiétait parce que c'est une histoire avec deux frères qui se partagent la même fille et quand on lui dit que cette histoire est innocente, naïve, elle est à la fois « surprise et contente, ce n'est jamais graveleux, c'est poétique et crédible ». Et c'est vrai que Patrice Leconte arrive à éviter l'écueil de la vulgarité et filme ce trio de façon pudique malgré la nudité des corps. Et d'ailleurs cette parenthèse enchantée, ce moment suspendu, il se finissait déjà comme ça dans le scénario qu'elle a lu? « Oui mais je sais qu'il y a eu d'autres versions avant - même si tu ne peux pas écrire la fin, hein, on dira juste ça, c'est bien, comme ça on n'en dévoile pas trop ». Pauline, au cinéma comme a la télé, a ce charme et cette élégance naturelle qu'elle transmet à son personnage.

Et Patrice Leconte dans tout ça, il est comment? « Il est gentil, c'est une crème, il ne se ballade pas avec ses titres et ses films en bandoulière. Il est tellement humble malgré sa carrière incroyable. Et puis il met une ambiance sur le plateau, c'est un boute-en-train, il fait tout le temps des blagues. Il a aussi fait beaucoup de cascades pendant le tournage, quelques une volontaires mais surtout des involontaires » Elle en profite pour glisser qu’elle a filmé les coulisses du film pendant le tournage avec une petite caméra. Son making-of sur le futur DVD ? « Ah oui, j’aimerais bien, il y a des images vraiment sympas en plus qui montrent à quel point le tournage a été convivial, détendu et joyeux »

Pauline LefèvreQuand à la scène culte du film, c'est celle du jeu des petits beurres. Pauline est presque étonnée que je connaisse, ça la fait marrer (encore, je ne m'en lasse pas...). Elle me raconte: « c'est Patrice Leconte qui faisait ça sur les plateaux pour faire passer le temps, quand je te disais que c'était un clown. Et il a décidé de l'intégrer au film » Le défi? Manger trois petits beurres en une minute chrono. Et pour avoir essayé souvent depuis l'été dernier, je peux vous dire que c'est presque impossible. Or, Pauline l'a fait... Enfin dans le film, c'est marqué réalisé sans trucages. Alors Pauline? « J'ai vraiment réussi! Pas du premier coup mais quand même »... Ton secret? « Il faut boire avant et mâcher très lentement » Elle avoue « J'ai eu pas mal de prises pour y arriver; les garçons eux le but c'était qu'ils échouent donc Patrice leur a laissé moins d'essais et effectivement ils n'ont jamais réussi ». D'ailleurs, elle pensait qu'un journaliste lui sortirait un paquet de petits beurres pour la mettre au défi. Je lui avoue que j'y avais pensé avant d'y renoncer – en étant persuadé que d'autres y auraient sans doute pensé avant moi et que ca risquait plus de la gaver dans tous les sens du terme que de l'amuser!

Revenons au film et à ses personnages. Car il n'y a pas que les deux frères dans le film, il y a aussi son amoureux éconduit, un homme plus âgé qu'elle, fou amoureux et un peu fou tout court, à tendance psychopathe sur les bords, très jaloux et possessif. C'est Gilles Cohen qui le joue « Et quel acteur! Il était content je crois de jouer un amoureux en plus pour une fois, lui qui a soit des rôles de gangsters soit des rôles de flic ». Prudence, c'est une fille un peu perdue qui avait trouvé en lui un père de substitution « Oui. Et c'est vrai que leur relation est difficile à comprendre. Mais dans une des dernières scènes, dans la pizzéria, il devient presque touchant, on comprend tout d'un coup ce que Prudence a pu lui trouver. Il porte toujours son costume ringard, sa cravate moche de représentant de commerce mais il est profondément émouvant. Il fallait vraiment un acteur qui soit capable de lui rendre cette humanité et j'ai trouvé Gilles tellement juste que j'étais vraiment au bord des larmes quand on a tourné cette scène – en plus c'était vers la fin du tournage puisqu'on a tourné de façon chronologique »

Et quand on demande à Patrice Leconte quelle est l'image qu'il garde du film, il répond que c'est Prudence le soir en bord de mer quand les deux garçons sont partis. « C'était vraiment un moment magique, le temps s'est suspendu, il y avait eu un orage, soudain une éclaircie avec une trouée de soleil couchant, Patrice Leconte a vu le plan, il a remis tout le monde en branle rapidement et c'est vrai qu'avec cette lumière, la scène rend vraiment bien, elle a un côté irréel et fantastique »

Est-ce qu'elle redoute les critiques? « La télé m'a quand même bien endurci là-dessus. J'ai gagné un des deux Gérard pour lesquels j'étais nominée. Alors c'est vrai que l'énoncé de la catégorie était vraiment marrant (NDLR: Gérard de l'émission censée être humoristique mais pendant laquelle tu rigoles encore moins qu'avec une Théma d'Arte sur les camps de concentration. Sic!), je n’ai pas pu aller le chercher parce que j'avais autre chose de prévu ce soir là mais je pense que j'y serais allé. Après, tu te dis que tu ne dois vraiment pas être drôle pour gagner un truc pareil. Mais bon... On ne peut pas faire l'unanimité. » Et puis il y a toutes les critiques anonymes sur Internet qui semblent l'avoir pas mal touchée « A force, tu t'en fiches, tu passes au-dessus mais quand tu lis : j'éteins le son quand elle arrive, elle est nulle, elle ne mérite pas d'être là et pire encore, au début c'est violent à recevoir ». Et la comparaison fatale avec Louise Bourgoin dont elle suit le même parcours « Je la remplaçais, elle avait vraiment créé un truc, je savais que j'allais forcément attirer des réactions. Mais au cinéma ca ne me dérange pas, elle n’a pas trop mal réussi pour le moment, non? » Sujet suivant...

Voir La mer, l'équipe du filmDes projets? Pour l'instant non. Elle a arrêté sa collaboration avec Canal + (elle a participé à l'émission de Bruce Toussaint Tout le monde il est beau de septembre à décembre), elle a eu un petit rôle dans une comédie de Charlotte de Turckheim dont elle ignore encore la date de sortie, elle a beaucoup fait la promo du Patrice Leconte - « je découvre que c'est un vrai métier, la promo » dit-elle sans une once d'agacement.

Et ses films cultes pour finir? « Des films de filles, Pretty Woman et Dirty Dancing » En VF? « Ah ben oui évidemment! » Et puis un film français? « Allez, je vais faire ma fayotte, je vais dire un film de Patrice Leconte, La fille sur le Pont ». Et elle aime bien aussi aller voir des classiques sur grand écran dans le quartier latin, au Grand Action, elle a récemment vu un western avec Claudia Cardinale, elle cherche le titre, « Ah oui, évidemment, « Il était une fois dans l'ouest », génial ». Elle trouve l'expérience complètement différente et bien plus intéressante que de les voir devant sa télé. Au cinéma, elle a l’impression de vraiment (re)découvrir de vieux films.

C'est bien simple, je suis sa dernière interview de la journée mais elle est toujours souriante et disponible même si ca doit faire 15 fois qu'on lui pose les mêmes questions... Elle n'a jamais regardé sa montre pour signifier qu'il serait temps qu'on s'arrête. 35 minutes se sont écoulées, elle s'inquiète juste à la fin de la météo (« Mince, je voulais faire un pique-nique, j'ai l'impression que ça s'est couvert! » et c'est la seule fois où je la vois s'énerver en évoquant un souvenir: « Un journaliste m'a demandé de refaire la météo, c'était n'importe quoi » alors que deux secondes avant, elle se vannait gentiment « tiens, je parle météo, c'est tout moi ça! »). Il est l'heure de lui dire merci, de lui faire la bise – il faut croire que l’interview s’est plutôt bien passée ! - et de souhaiter au film tout le succès qu'il mérite. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire à partir du 4 mai: allez voir la mer... C'est de saison en plus!

Emmanuel Pujol


NDLR: Merci à Pauline Lefère pour sa gentillesse et sa disponibilité et à Jonathan Fisher pour avoir rendu possible cette interview

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