Détendu et affable, le réalisateur allemand
Hans Christian Schmid nous parle de son dernier film, l’excellent thriller la révélation. Entretien.
Fan-de-cinema: Voilà 17 ans que le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie est en activité et c’est la première fois que le cinéma s’y intéresse. Qu’est ce que qui vous a intéressé dans ce sujet ?
Hans-Christian Schmid : En réalité, c’est très étrange. Au-delà du sujet, j’avais surtout l’envie de réaliser un thriller. Avec Bernd Lange (NDLR : scénariste de Requiem, le précédent film de Schmid), nous avions envie de retravailler ensemble et nous nous sommes dit « faisons un trhiller » qui n’est pourtant pas un genre de film particulièrement développé en Allemagne. Je me souvenais avoir lu un article sur Hildegard Uertz-Retzlaff, une allemande procureure au TPI à La Haye. Nous ne connaissions rien de ce sujet mais nous nous sommes dit que cela valait peut être la peine d’essayer de rencontrer cette femme. Dès notre première rencontre, nous avons su que nous tenions là notre personnage principale, restait encore à trouver une intrigue. Et plus nous nous intéressions à ce sujet et plus nous étions convaincus que nous devions faire ce film.
F-d-c : Le film est très documenté sur le fonctionnement de ce Tribunal. Cela-a-t-il été difficile d’avoir ces informations ? Comment s’est passé votre collaboration avec les responsables du TPI ?
H-C S : Ils ont été très collaboratifs. Notre travail a commencé comme celui de tout journaliste : nous avons appelé le Tribunal, nous avons rencontré le responsable presse, nous avons demandé à parler à plusieurs personnes et on nous a ouvert les portes. Le procureur a eu accès aux différentes versions du scénario, elle savait où nous emmenions le personnage et elle nous a aidé à le rendre plus crédible. Nous avons aussi eu l’autorisation par les Nations Unies de tourner au sein même du Tribunal. Il faut dire que nous avons eu beaucoup de chance car l’une des porte-paroles du Tribunal était une ancienne journaliste que nous avions rencontré à Sarajevo au début de nos recherches.
F-d-c : Vous avez montré le film aux salariés du TPI. Comment ont-ils réagi, notamment Hildegard Uertz-Retzlaff ?
H-C S : Hildegard a été vraiment formidable. Elle n’a jamais interféré dans l’écriture du scénario tout en nous donnant beaucoup de son temps pour nous raconter la réalité de son travail. Quand elle a vu le film, elle l’a trouvé très crédible. Le président du Tribunal, qui l’avait vu au Festival de Berlin, a aussi aimé le film. Il partageait le même avis que nous : le Tribunal ne dispose pas d’assez de temps ni d’argent pour accomplir sa mission. Il était donc satisfait que le film souligne bien ce fait et espérait que les Nations Unies laisseraient le Tribunal finir correctement son travail. Bien sur, certaines personnes n’ont pas réagi aussi bien trouvant que le film en dévoilait trop au public sur le fonctionnement du Tribunal.
F-d-c : Vous n’avez pas eu de pression particulière de la part du Tribunal. Cela a-t-il été aussi facile en Bosnie où toutes les plaies de cette guerre ne sont pas encore refermées ?
H-C S : Avec Bernd, nous avons rencontré à Banja Luca un jeune homme politique. Très cosmopolite (il parle allemand, a étudié à Vienne), il nous a confié que son pays en avait fini avec le nationalisme et que les jeunes voulaient laisser ce passé derrière eux et moderniser le pays, rentrer dans l’UE. Quand nous avons décidé de faire le film, nous avons contacté une réalisatrice bosniaque musulmane qui gère une boite de production avec son mari à Sarajevo. Ils nous ont tous les deux conseillé de tourner les scènes censés de dérouler dans la partie serbe de Bosnie en territoire bosniaque. Peut-être aurions nous pu tourner là, je ne sais pas, la situation est en réalité très difficile à cerner.
F-d-c : Vous avez souligné que le thriller n’est pas un genre très développé en Allemagne. Mais votre film n’est-il pas avant tout européen avant d’être allemand ?
H-C S : Vous avez raison, c’est un film très européen. Par exemple, la décision de finalement tourner en anglais alors que les premières versions du scénario étaient en allemand est venu pendant l’écriture du scénario. Si nous voulions être véritablement réalistes, nous devions faire le film en anglais car au TPI, tout le monde se parle en anglais. Nous avons aussi réalisé que pour un tel sujet, il n’y avait pas un point de vue spécifiquement allemand. C’est donc un film européen sur un sujet européen. Cela a d’ailleurs posé un problème en Allemagne où le public s’est demandé pourquoi un réalisateur allemand n’avait pas travaillé avec des acteurs allemands et en allemand. De même, j’ai supervisé pendant un mois le doublage du film en allemand, c’était très étrange pour moi mais le distributeur allemand du film a insisté pour que je le fasse et pour cause : sur 50 copies du film, 45 étaient en allemand et seulement 5 en anglais.
F-d-c : A propos de langue, que pensez-vous du titre français de votre film (NDLR : le titre original est « Sturm », tempête) ?
H-C S : Je trouve que le titre français est bon car il insiste sur le côté thriller du film. D’ailleurs, pour être honnête, je n’ai jamais été véritablement content avec le titre original du film. C’était le titre du premier draft du scénario et il faisait référence à une opération militaire croate. Nous voulions le changer mais quand La Révélation a été sélectionné au Festival de Berlin, nous avons finalement décidé de le garder. Il avait un côté abstrait intéressant et après tout, un titre est juste un titre. Aux Pays-Bas, le film s’appelle d’ailleurs tout simplement Le Tribunal.
F-d-c : L’impression documentaire du début du film est renforcée par votre réalisation. Comment définiriez-vous votre style ?
H-C S : Je dirais que c’est une combinaison de deux choses pour La Révélation. Tout d’abord, mon directeur photo est le même depuis 8 ans, c’est notre 4eme film ensemble. Nous aimons donner cet aspect réaliste à nos films. Cela vient aussi de mon passé de réalisateur de documentaires. Et je trouve que je suis plus facilement plongé dans un film, en tant que spectateur, quand il a un style authentique et brut. Je sais bien que c’est du maniérisme puisque nous faisons des films de pure fiction mais si c’est trop élaboré et stylisé, je m’éloigne trop de l’histoire et je m’intéresse aux aspects technique et esthétique. Le 2eme point, c’est qu’en réduisant l’équipe technique à son minimum, je pouvais me consacrer à la direction d’acteurs, ce que j’apprécie particulièrement. Ca me permet de leur laisser beaucoup de liberté pour tenter certaines choses sans contraintes techniques.
F-d-c : A propos des acteurs, comment Kerry Fox et Anamaria Marinca sont-elle arrivées sur le projet ?
H-C S : Tout d’abord, en ce qui concerne le procureur, Hildegard nous a servi d’inspiration mais Hannah devait avoir sa propre personnalité. Au début, nous avions envisagé qu’Hannah soit allemande, parlant anglais au tribunal et allemand dans sa vie privée. Mais finalement, cela nous a paru trop compliqué et nous avons décidé qu’elle serait anglaise. Quand nous avons travaillé avec un directeur de casting, nous avions lui et moi coché le nom de Kerry Fox sur notre liste. Et c’est finalement la première et la seule actrice que j’ai rencontrée pour le rôle, je l’ai trouvé parfaite et elle était partante pour jouer dans le film, aussi simple que ça. En ce qui concerne Anamaria Marinca, j’ai travaillé avec un directeur de casting allemand qui m’a dit « je sais que tu vas vouloir une actrice bosniaque mais Anamaria serait vraiment parfaite pour ce rôle, rencontre-là ». Ce que j’ai fait et après avoir hésité avec deux actrices bosniaques, j’ai choisi Anamaria. Elle n’a pas du apprendre beaucoup de texte en bosniaque et face à Kerry, j’avais vraiment besoin d’une actrice avec beaucoup de talent et un fort charisme pour que leur rencontre et leurs interactions soient crédibles.
F-d-c : Et après le thriller, quel genre avez-vous envie d’explorer dans votre prochain film ?
H-C S : Nous essayons d’écrire un drame familial. Mais nous n’en sommes qu’au stade du projet pour l’instant. Nous avons réalisé que pour beaucoup de Berlinois, c’est difficile de retourner chez ses parents, qu’il y a de moins en moins de points communs entre ces générations très différentes, que beaucoup de disputes éclatent. Nous essayons de construire à partir de ce point de départ. Ca sera en tout cas un film très allemand cette fois.
Emmanuel Pujol