Ca fleure bon les vacances scolaires de
la Toussaint : trois films d’animation pour (très) jeunes enfants se
disputent les écrans cette semaine. Outre Emilie Jolie, l’adaptation du
fameux conte de Philippe Chatel (pas vu), ce sont deux héros poilus qui
s’efforcent de s’attirer les faveurs des petites têtes blondes, d’un
côté un ours danois, de l’autre un étrange monstre britannique. Analyse
des forces en présence :
- Plusieurs points communs… : Esben
Toft Jacobsen (L’ours montagne) signe son premier long-métrage tout
comme les allemands Jakob Schuh et Max Lang font leur début au cinéma
avec le Gruffalo. Les deux films ont d’ailleurs été présentés au
Festival du Film d’Animation d’Annecy - mais pas la même année, le
premier en 2011, le second en 2010. Ils disposent pour leur sortie
française d’un nombre d’écrans non négligeables avec un avantage à
l’ours tout de même : 127 copies contre 82*. Enfin, étant donné la cible
visée, ils sont tous les deux essentiellement exploitées en version
française. Si cela n’a pas beaucoup d’importance pour l’Ours Montagne,
c’est plus dommage pour le Gruffalo qui dans sa version française ne
peut compter que sur Zabou Breitman qui reprend le rôle de la maman
écureuil, narratrice de l’histoire, dévolue à Helena Bonham Carter dans
la version originale qui dispose aussi des voix de John Hurt, Tom
Wilkinson et Robbie Coltrane, excusez du peu ! Les deux histoires se
déroulent dans des forêts peuplées d’étranges créatures. Toutefois, il
n’y a aucun humain dans le Gruffalo alors que les héros de l’Ours
Montagne sont deux enfants. Elles ont toutes deux un but éducatif
évident, l’Ours Montagne étant une fable écologiste, le Gruffalo une
belle leçon de vie apprenant aux enfants à privilégier la force du verbe
à celle de la puissance physique.
- … mais des
différences notables : si l’Ours Montagne est une histoire originale, le
Gruffalo est l’adaptation d’un énorme succès littéraire anglais, vendu à
plus de … 5 millions d’exemplaires dans le monde depuis sa parution en
1999 ! D’ailleurs, le Gruffalo a d’abord été diffusé sur la BBC pendant
les fêtes de Noël 2009 – carton assuré avec une audience de près de … 10
millions de téléspectateurs. Et si L’ours montagne a une durée assez
classique (quoique déjà courte) d’1h15, le Gruffalo lui ne dure que … 25
minutes, complété d’un avant programme de trois courts métrages
d’animation tous très réussis – mention spéciale au génial slovaque Loup
y es-tu au rythme trépidant et à l’imagination débordante. Soit une
projection d’environ 45 minutes parfaitement adaptés pour les plus
jeunes spectateurs (dès 3 ans), la ligne éditoriale des Films du Préau,
le distributeur spécialisé de ce genre de programmes pour enfants,
courts et généralement de grande qualité. Côté graphisme, L’Ours
Montagne semble hélas terriblement daté, ressemblant trop à une
cinématique assez laide de jeu vidéo des années 90. L’influence de Hayao
Miyazaki est évidente mais Jacobsen ne possède (encore ?) ni le génie
ni la poésie du maitre japonais de l’animation. D’ailleurs, si l’ours
est certes mignon, sa taille fluctue constamment sans raisons tout au
long du film – ce qui est pour le moins étrange pour ne pas dire
perturbant. Le Gruffalo, lui, avec son mélange d’animation en volume et
par ordinateur et ses idées astucieuses de mise en scène distille un
charme certain et donne une énergie vivifiante à cette histoire de
souris malicieuse et pleine d’à-propos qui n’aurait pas dépareillé dans
le bestiaire des fables de La Fontaine.
Mais
pour régler cette rivalité née un 19 octobre entre ces deux bêtes pas
bébêtes, rien de tel qu’une rencontre de cinéma. Et après tout, un GvOm
(Gruffalo vs Ours Montagne !) ne serait pas le plus improbable des
cross-over de l’histoire du 7eme art, si ?
* : Source CBO box-office