
Ce film n’a d’américain que le financement. Il a été entièrement tourné au Mexique en espagnol. Il est donc presque surprenant de le retrouver en compétition officielle du festival du cinéma américain de Deauville mais il aurait été dommage de passer à côté.
Sin Nombre mélange deux histoires distinctes qui vont bien sur finir par se recouper pour donner naissance à une tragique et poignante histoire d’amour. D’un côté, Will, mexicain, redoutable membre d’un gang sanguinaire dont la petite amie vient d’être accidentellement tué par le chef du gang. De l’autre, Sayra, Hondurienne, qui tente de rejoindre illégalement une partie de sa famille aux États-Unis. Le voyage est difficile, les clandestins sont perchés sur un train qui traverse à un rythme de fourmi le Mexique du sud au nord. C'est un hommage à ces"sans noms", sans grade sans identité sans visage qui gravitent par milliers sur la route vers une liberté incertaine
Il est donc question ici de la violence des gangs sud-américains qui transforment des enfants en assassins impitoyables – et il est bon de rappeler ici le récent assassinat de Christian Poveda suite à son documentaire La Vida Loca, de la misère qui pousse des familles entières à tenter leur chance vers une vie fantasmée aux États-Unis au péril de leurs vies, de l’amour enfin, indestructible, inexplicable, lumineux qui permet de transformer le loup en agneau et qui offre rédemption et espoir.
Voilà un film dur, violent, sans concession et réaliste, filmé de façon très brute, avec une approche naturaliste (caméra à l’épaule, photographie en lumière réelle) très proche des ses personnages sur lesquels le réalisateur n’émet d’ailleurs aucun jugement. Certes, le trait est parfois un peu forcé et appuyé mais l’énergie et la crédibilité des jeunes acteurs diffusent une émotion palpable sur la pellicule.
Emmanuel Pujol
