
Comment faire exploser les conventions sociales et dynamiter la bienséance typiquement british? Rien de plus simple: plongez une bimbo pas aussi écervelée qu'elle n'en a l'air au coeur d'un petit village en pleine campagne anglaise dans lequel se niche une résidence pour écrivains névrosés. Vous ne devriez pas avoir à attendre longtemps pour que l'effet de la tornade Tamara Drewe mette sens dessus dessous toute la petite communauté de Stonefield.
Adapté du roman graphique à succès (pour faire chic, au 21eme siècle, on ne parle plus de bandes dessinées!) de Posy Simmonds, le nouveau Stephen Frears est une fable aussi cruellement cynique que salutairement comique. Le réalisateur anglais épingle aussi bien les travers de l'apparence - Tamara Drewe revient dans son village natal après la mort de sa mère et une opération du nez qui a transformé la vilaine chenille en papillon sexy - que l'hypocrisie de la vie de couple ou les affres de la création artistique. L'héroïne (la très prometteuse Gemma Arterton que l'on voit partout en ce moment puisqu'elle est également à l'affiche de Prince of Persia et La Disparition d'Alice Creed) n'est en réalité que le petit grain de sable qui va perturber l'équilibre fragile et de façade de Stonefield. Il n'est donc pas étonnant que les seconds rôles soient particulièrement importants dans cette comédie satirique, de l'épouse bafouée (formidable Tamsin Greig) à la rock star paumé (Dominic Cooper, vraiment bien) en passant par l'écrivain américain névrosé et ayant perdu toute confiance en son talent (très drôle Bill Camp). Sans verser véritablement dans le film chorale (chaque personnage est traitée presque séparément), Stephen Frears, réalisateur décidément éclectique et touche-à-tout, sans style proprement définissable, adopte un ton entre Robert Altman et James Ivory.
L'atmosphère générale du film, elle, n'est pas sans rappeler parfois les interrogations métaphysiques d'un Woody Allen adaptées à la sauce British: amours et trahison, doute et création. Toutefois, le film patine un peu une fois la situation de départ posée, les rebondissements - surtout ceux avec l'adolescente turbulente et amoureuse folle de la rock star - paraissent parfois forcés afin de faire avancer l'intrigue. Toutefois, le dernier quart d'heure, cruel à souhait, permet de quitter ce petit monde en vase clos sur une sensation plaisante, celle d'avoir vu une comédie grinçante, finement écrite et intelligemment divertissante. C'est déjà tellement plus que n'en propose la majorité des films qu'il serait injuste de faire la fine bouche devant cette charmante créature par qui le scandale arrive!
Emmanuel Pujol
