
Hôtel Woodstock aborde l'Histoire par le petit bout de la lorgnette - parfois pas le plus inintéresant - et offre au spectateur un film sympathique, insouciant et nostalgique d'une époque définitivement révolue, où tout semblait possible à une jeunesse utopique et pleine d'espoir.
En choisissant de ne RIEN montrer de Woodstock, Ang Lee joue sur une frustration pleinement assumée pour les spectateurs de ne rien voir du mythe. Mais toutes les images d'archive étant disponibles à portée de clics, de livres et de vidéos, cette astuce de scénario évite au film de tomber dans le piège de l'hommage et permet surtout de vraiment se focaliser sur l'organisation abracadabrantesque et de s'attacher véritablement aux différents personnages. Aux premiers rangs desquels une famille juive républicaine complètement loufoque qui tient un hôtel miteux qui court à la faillite et qui va- par un extraordinaire concours de circonstances et pas mal d'audace de la part d'Elliot, le fils- se retrouver au coeur de l'été 1969 au premier rang... des coulisses du concert mythique de toute une génération.
Autour du trio déjanté - mention spéciale à la mère, parano, vénale et pourtant tellement attachante, irrésistiblement campée par une Imelda Staunton méconnaissable - gravitent à la fois une foule de jeunes chevelus très Flower Power mais aussi les habitants de la petite ville paisible de Bethel totalement opposés à ce projet fou (Car non, Woodstock n'eut pas lieu à ... Woodstock mais bien à Bethel éloigné de 60 kms). Ang Lee a su convaincre une multitude d'acteurs de talents de faire des apparitions plus ou moins courtes dans son film: on s'amusera à reconnaitre entre autres Emile Hirsch, Liev Schreiber, Paul Dano et Eugene Levy qui apparement s'en sont tous donnés à coeur joie.
Des toilettes à l'électricité, tout a du être installé en urgence sur un site absolument pas conçu pour héberger un tel évènement et sa foule hétéroclite et bigarrée. Entre pression politique locale, mafieux pourris, troupe de théâtre baba-nudiste et marchands du temples en pattes d'eph, c'est dans cet environnement frénétique qu'Elliot, en pleine quête d'identite, va pleinement se révéler à lui-même - une quête initiatique que n'aurait sans doute pas renié un Wes Anderson.
Sans hypocrisie ni angélisme - le film montre bien que les organisateurs, tout baba cool qu'ils semblaient être, étaient de redoutables businessmen bien conscient des enjeux mercantiles d'un tel évènement - mais avec une grande tendresse et un formidable travail de reconstitution, le réalisateur nous offre de voyager 40 ans en arrière pendant 2h (comme souvent chez Ang Lee, le film n'aurait pas souffert avec 15 minutes de moins). On y retrouve aussi certains de ses thèmes de prédilection, notamment cette notion de libération aussi bien des carcans familiaux que purement sexuelle, sans honte et avec tolérance.
Ang Lee voulait signer "un film sans cynisme", c'est pleinement réussi et ça fait sacrément du bien, au moins autant qu'un bon pétard! Peace & Love, en route pour Woodstock...
Emmanuel Pujol
