
Cannes, c'est un peu comme Rolland-Garros, ça dure deux semaines, il y a une compétition et du glamour, les peoples se font bronzer et Jean-Paul Belmondo est là... Autre point commun: le virage de la 2eme semaine est généralement assez compliqué, on croit avoir commencé à prendre un petit rythme, on a pris confiance et on n'est donc pas à l'abri d'un petit dérapage incontrôlé!
Prenez mon cas par exemple: j'avais pour l'instant bien réussi à enchainer les soirées jusqu'au lever du jour (ou presque) et les séances de 8h30 du matin, j'étais plutôt fier de moi et patatras, en ce lundi matin, incapable d'entendre mon réveil sonner pour LE film le plus attendu de la compétition, Tree of Life de Terrence Malick! J'avoue que je suis presque soulagé d'avoir échappé à un long trip sensoriel et religieux de plus de 2h. Je me connais, j'aurais probablement lutté et piqué du nez pour finalement abdiquer et sombrer dans un sommeil profond. Et c'est peu de dire que le film divise entre les conquis qui crient au chef d'oeuvre et les plus sceptiques, décus et désorientés.
J'émergeais donc péniblement de mon sommeil aux alentours de 11h30 (oui, je commence mes journées plus tard) pour aller faire un tour dans la maison close de Bertrand Bonello. L'Apollonide - c'est son nom - est un tableau assez statique de 2h. Non pas que je ne vais pas au cinéma aussi pour voir de belles images mais là j'ai eu l'impression de m'asseoir sur une banquette de musée et que le réalisateur/peintre s'assurait bien que je vois tous les détails de sa toile. Alors oui, il y a des filles toutes nues dont Hafsia Herzi mais ça ne suffit pas à sortir le spectateur de sa léthargie. Plus grave, le plan final qui sous entend que c'était quand même mieux d'être une prostitutée à la fin du XIXeme siècle (malgré des conditions d'hygiène assez limites) qu'une pute sur le trottoir aujourd'hui. Désolé, Monsieur Bonello mais votre analyse sociétale, franchement, on s'en passe - pour rester poli.
Il fait tellement beau que j'opte pour l'option "lézardage sur la plage" (oui je fais des rimes, je sais) pour bronzer un peu et tenter d'effacer des cernes de plus en plus marquées - je ne compte plus mes heures de sommeil en retard que je rattrape parfois involontairement dans les salles obscures - on ne se moque pas!
Après cette petite pause estivale - le sable, la mer, les jolies filles, on oublierait presque pourquoi on est là - direction le Miramar et la Semaine de la Critique (que je fréquente plus que l'an dernier, différence de badge oblige alors que je délaisse presque complètement la Quinzaine des Réalisateurs) pour un premier film venu d'Australie, Snowtown de Justin Kurzel ou le parcours d'un des pires serial killers de l'histoire du pays. La présentation par un critique de Positif, membre du comité de sélection de la Semaine, laissait espérer le meilleur, un thriller noir, violent et sans concessions. Las, Snowtown s'enfonce dans une mise en scène chichiteuse et clippesque avec une foule de personnages mal présentés et difficilement identifiables. Au-delà d'une unique scène de torture qui a provoqué la sortie précipitée d'une dizaine de spectateurs, le film ne provoque ni rejet ni adhésion, seul l'ennui gagne rapidement et c'est avec soulagement que les lumières se rallument après deux longues erreurs assez assommantes.
Sentant que cette journée ne serait pas très productive au niveau cinéma, je me laissais tenter par une nouvelle exploration consciencieuse de la nuit cannoise qui sera en l'occurence très rock et funk. Je commence par un long apéro très festif à la Villa Inrock avec délicieux cocktails, concert de Saul Williams et photomatons joyeux. L'endroit, sur les hauteurs de la ville, est aussi cosy que convivial. Par un heureux hasard, en redescendant vers le centre, je me vois proposer avec mes compagnes de virée (oui, je suis très bien accompagné) une soirée du cinéma belge sur le toit du Radisson. Et, vu mon attrait pour le plat pays, moi qui ait vécu plus d'un an à Bruxelles, je ne me voyais pas refuser cette invitation. Autre ambiance: cocktail très chic (je dépareille en jeans chemise au milieu des smokings et robes de soirées) avec champagne et petit four et surtout deux concerts surprises géniaux: Selah Sue et Puggy. Après une dernière coupe, il était grand temps de rentrer les yeux aussi plein d'étoiles que le ciel de la côte d'Azur.
A demain pour un mardi beaucoup plus ciné et une montée des marches en smoking!
Emmanuel Pujol
